Exemple de rédaction commenté
L’exemple ci-dessous se lit comme un paragraphe de durée à insérer dans une clause de confidentialité plus large. Chaque commentaire explique la fonction du texte, qui compte davantage que la formulation.
Article X. Durée de l’obligation de confidentialité
X.1. L’obligation de confidentialité prend effet dès la communication de la première Information Confidentielle et, en tout état de cause, au plus tard à la signature du Contrat.
X.2. Elle s’applique pendant toute la durée du Contrat, puis se poursuit pendant [5] ans à compter de son terme, quelle qu’en soit la cause : arrivée du terme, résiliation ou résolution.
X.3. Par exception, les informations qui constituent un secret des affaires au sens des articles L. 151-1 et suivants du Code de commerce demeurent protégées à ce titre aussi longtemps qu’elles remplissent les conditions légales, indépendamment du terme prévu au X.2.
X.4. L’expiration de l’obligation ne dispense pas la Partie réceptrice de restituer ou de détruire les Informations Confidentielles, ni de préserver la sécurité des supports encore en sa possession, selon les modalités prévues au Contrat.
Commentaire de X.1 : fixez un point de départ certain. Une information sensible circule souvent avant la signature, pendant les discussions ou une phase pilote. Faire courir l’obligation « à compter du Contrat » laisse cette phase à découvert. La double référence, communication de l’information et signature au plus tard, ferme cette faille sans compliquer la preuve du point de départ.
Commentaire de X.2 : la survie après le contrat est le cœur du paragraphe. Une obligation qui cesse avec le contrat protège précisément pendant la période où elle est le moins utile. La formule « puis pendant [5] ans à compter de son terme » sépare clairement la vie du contrat de la vie de l’obligation. La précision « quelle qu’en soit la cause » évite qu’une partie ne soutienne qu’une résiliation anticipée fait tomber la protection.
Commentaire de X.3 : ne calez pas votre secret durable sur un terme contractuel. Certaines informations, un procédé de fabrication, une formule, gardent leur valeur bien au-delà de cinq ans. Plutôt que d’allonger indéfiniment la durée contractuelle, ce qui la fragilise, la clause renvoie au régime du secret des affaires, dont la protection dure tant que le secret existe. Les deux régimes se cumulent utilement.
Commentaire de X.4 : l’expiration de la durée n’efface pas les obligations connexes. La fin du secret ne signifie pas que le récepteur peut conserver les documents. La restitution, la suppression et les mesures de sécurité applicables aux copies suivent leur propre rythme, défini ailleurs dans le contrat.
Ce que dit le droit
Aucun texte n’impose de durée : la matière relève entièrement de la liberté contractuelle. Les parties fixent librement le terme de l’obligation. Cette liberté a une contrepartie directe : ce que la clause ne prévoit pas n’existe pas, et il n’y a pas de durée légale de repli qui viendrait combler un silence. Une clause muette sur la survie après le contrat sera lue à la lettre.
La prohibition des engagements perpétuels est la seule vraie limite. L’article 1210 du Code civil dispose que les engagements perpétuels sont prohibés et que chaque contractant peut y mettre fin dans les conditions prévues pour le contrat à durée indéterminée. Une obligation de confidentialité stipulée « sans limitation de durée » s’expose donc à une contestation sur ce fondement. [À VÉRIFIER JURISTE : la sanction exacte d’une obligation de confidentialité perpétuelle, entre requalification en engagement à durée indéterminée résiliable, réduction judiciaire de la durée, ou maintien encadré ; référencer l’état de la jurisprudence s’il est établi.]
Le secret des affaires n’obéit pas à cette logique de durée. Les articles L. 151-1 et suivants du Code de commerce protègent l’information tant qu’elle remplit trois conditions cumulatives : ne pas être généralement connue, avoir une valeur commerciale du fait de son caractère secret, et faire l’objet de mesures de protection raisonnables. Cette protection n’est pas bornée par un terme : elle dure aussi longtemps que le secret. C’est pourquoi une clause bien conçue distingue la durée contractuelle et le régime légal, plutôt que de tout faire reposer sur une durée qu’il faudrait rendre démesurée.
Les données personnelles suivent un calendrier distinct. La durée de la clause de confidentialité ne détermine pas combien de temps des données personnelles peuvent être conservées. Ce point relève des durées de conservation du RGPD et, le cas échéant, du contrat de sous-traitance. Voir la clause RGPD de protection des données et la clause de sous-traitance des données au sens de l’article 28, qui imposent notamment la suppression ou la restitution des données au terme de la prestation.
Les erreurs fréquentes
Faire cesser l’obligation avec le contrat. L’erreur la plus répandue. Une clause qui protège « pendant la durée du Contrat » sans stipuler de survie laisse l’information librement exploitable dès le lendemain de la rupture, c’est-à-dire au moment le plus sensible.
Stipuler une durée illimitée en croyant se protéger. Un « sans limitation de durée » paraît plus sûr et fragilise au contraire la clause au regard de l’article 1210 du Code civil. Une durée déterminée, adossée au secret des affaires pour le noyau durable, protège mieux qu’une formule que le juge peut écarter.
Choisir une durée déconnectée de la valeur de l’information. Recopier « dix ans » par habitude sur une information dont la valeur s’épuise en douze mois affaiblit la crédibilité de la clause. À l’inverse, deux ans sur un fichier client stratégique sont insuffisants. La durée se calibre sur la durée de vie économique réelle de l’information.
Oublier de préciser le point de départ. « À compter du Contrat », « à compter de la communication », « à compter de la fin » : ces bornes ne se valent pas. Une durée sans point de départ clair se prête à interprétation le jour du litige, quand chaque partie retient la lecture qui l’arrange.
Traiter la durée séparément des obligations de restitution. L’expiration du secret et la restitution des supports sont deux échéances distinctes. Une clause qui les confond laisse croire qu’après cinq ans le récepteur peut conserver, voire réutiliser, les documents encore en sa possession.
Négociation : position émettrice contre position réceptrice
Ce que défend l’émetteur. Une durée longue courant après le terme du contrat, un point de départ anticipé à la première communication, et un renvoi au secret des affaires pour les informations dont la valeur excède la durée stipulée. L’émetteur veut aussi que la durée soit indifférente à la cause de la fin du contrat, pour éviter qu’une rupture anticipée n’abrège la protection.
Ce que défend le récepteur. Une durée mesurée et une date de fin certaine, qui lui permettent de savoir quand il redevient libre. Le récepteur se méfie des durées longues combinées à une définition large de l’information confidentielle : elles reviennent à s’interdire durablement de travailler sur des sujets voisins. Il préfère une durée courte sur un périmètre large, ou une durée longue sur un noyau étroit et précisément identifié.
Où se situe l’équilibre. Presque toujours dans la distinction de deux régimes au sein de la même clause : une durée standard, souvent trois ans, pour l’information courante, et une durée plus longue, ou le renvoi au secret des affaires, pour un noyau limitativement énuméré, le code source, la formule, le fichier client. Le récepteur accepte plus facilement une contrainte forte sur un périmètre restreint qu’une contrainte moyenne sur un périmètre flou. Ce compromis rejoint celui qui se joue au niveau de la clause de confidentialité elle-même.
Les contrats qui contiennent cette clause
Modèles prêts à l'emploi dans lesquels cette clause figure.
- Modèle d'accord de confidentialité salarié gratuit (Word)
- Modèle de contrat d'audit de sécurité gratuit (Word)
- Modèle de convention de stage gratuit (Word)
- Modèle de lettre d'intention (LOI) gratuit (Word)
- Modèle de NDA unilatéral gratuit à télécharger (Word)
- Modèle de NDA mutuel gratuit à télécharger au format Word
- Modèle de rupture conventionnelle (dossier) gratuit (Word)
- Modèle de term sheet gratuit à télécharger (Word)
- Modèle de NDA opération de M&A gratuit (Word)
- Modèle de NDA partenaire technique gratuit (Word) à télécharger
Clauses voisines
Questions fréquentes
Combien de temps doit durer une obligation de confidentialité ?
Il n'existe pas de durée légale : les parties la fixent librement. La pratique retient une durée de trois à cinq ans à compter de la fin du contrat, calée sur la durée de vie économique de l'information. Une donnée qui perd sa valeur en un an ne justifie pas dix ans de protection ; un fichier client stratégique en justifie davantage.
Une clause de confidentialité peut-elle être sans limite de durée ?
C'est risqué. L'article 1210 du Code civil prohibe les engagements perpétuels, et une obligation stipulée sans terme s'expose à une contestation. Pour protéger durablement un secret industriel, mieux vaut s'appuyer sur le régime du secret des affaires, qui ne dépend pas d'un terme contractuel, plutôt que sur une clause à durée illimitée.
La durée court-elle pendant le contrat ou seulement après ?
Les deux, si la clause est bien rédigée. L'obligation s'applique dès la communication de l'information et pendant toute l'exécution du contrat, puis se prolonge pendant la durée stipulée après son terme. Une clause qui vise seulement une durée « à compter du contrat » sans préciser la survie après sa fin laisse un angle mort au moment le plus dangereux.