Exemple de rédaction commenté
L’exemple ci-dessous est un point de départ à adapter au contrat et au secteur. Chaque commentaire explique le rôle du paragraphe, qui compte davantage que la formule employée.
Article X. Résolution de plein droit
X.1. En cas de manquement par l’une des parties à l’une des obligations suivantes : le paiement de toute somme due à son échéance ; la livraison ou l’exécution des prestations dans les délais convenus ; le respect de l’obligation de confidentialité ; le maintien des assurances stipulées à l’article […], l’autre partie pourra se prévaloir de la présente clause résolutoire.
X.2. La résolution interviendra de plein droit [trente] jours après une mise en demeure d’exécuter demeurée infructueuse, adressée par lettre recommandée avec accusé de réception et visant expressément la présente clause. La mise en demeure précise le manquement reproché et le délai imparti pour y remédier.
X.3. À l’expiration de ce délai sans que le manquement ait cessé, le contrat est résolu de plein droit à la date fixée par la partie créancière dans un écrit notifié à l’autre partie, sans qu’il soit besoin d’une décision de justice.
X.4. La résolution n’affecte pas les clauses destinées à produire effet même après la fin du contrat, notamment celles relatives à la confidentialité, à la propriété intellectuelle et au règlement des différends. Elle est sans préjudice des dommages et intérêts que la partie créancière peut réclamer au titre du manquement.
Commentaire de X.1 : la clause vaut par sa liste de manquements. Une clause résolutoire ne peut être invoquée que pour les inexécutions qu’elle désigne. Une formule vague visant « tout manquement au contrat » affaiblit l’outil : elle expose au débat sur la gravité et perd l’automatisme recherché. Nommer des obligations précises, celles dont la violation ne se discute pas, donne à la clause sa force. Les manquements non listés relèveront, eux, du régime de droit commun de la résolution.
Commentaire de X.2 : la mise en demeure est la clé du dispositif. L’article 1225 du Code civil exige qu’elle mentionne expressément la clause résolutoire, sans quoi elle ne produit aucun effet. C’est l’erreur qui fait échouer le plus de résolutions. Le délai laissé pour remédier au manquement doit être réaliste : trop court, il peut être jugé de mauvaise foi ; absent, il fragilise la procédure. La lettre recommandée date l’envoi et le point de départ du délai.
Commentaire de X.3 : la résolution est acquise sans juge, mais elle se constate. Notifier par écrit la date de résolution évite l’incertitude sur le moment exact de la rupture, qui commande les restitutions et le calcul des sommes dues. La mention « sans qu’il soit besoin d’une décision de justice » rappelle la nature même de la clause : le juge, s’il est saisi, ne fait que vérifier que les conditions étaient réunies, il ne prononce pas la résolution.
Commentaire de X.4 : la rupture n’efface pas tout. Certaines obligations doivent survivre à la fin du contrat. La clause le rappelle pour écarter tout doute, en cohérence avec l’article 1230 du Code civil. La réserve des dommages et intérêts est importante : jouer la clause résolutoire met fin au contrat, mais ne prive pas la partie lésée de réclamer réparation du préjudice causé par le manquement.
Ce que dit le droit
La clause résolutoire est prévue par l’article 1225 du Code civil. Ce texte pose trois règles : la clause précise les engagements dont l’inexécution entraînera la résolution du contrat ; la résolution est subordonnée à une mise en demeure infructueuse, sauf s’il a été convenu qu’elle résulterait du seul fait de l’inexécution ; enfin, la mise en demeure ne produit effet que si elle mentionne expressément la clause résolutoire. Cette dernière exigence est une condition de fond, pas une formalité.
La clause s’inscrit dans les trois voies de la résolution. Selon l’article 1224 du Code civil, la résolution résulte soit de l’application d’une clause résolutoire, soit, en cas d’inexécution suffisamment grave, d’une notification du créancier au débiteur ou d’une décision de justice. La clause résolutoire est donc la voie contractuelle : elle dispense d’avoir à démontrer la gravité du manquement, puisque les parties l’ont fixée d’avance en désignant les obligations concernées.
La résolution met fin au contrat et ouvre les restitutions. L’article 1229 du Code civil règle les effets : la résolution met fin au contrat, à la date fixée selon le cas, et donne lieu à restitutions lorsque les prestations échangées ne trouvaient leur utilité que dans un contrat exécuté entièrement. Lorsque les prestations ont trouvé leur utilité au fur et à mesure, il n’y a pas lieu à restitution pour la période antérieure à la résolution. La date d’effet retenue conditionne donc l’ampleur des restitutions.
Certaines clauses survivent à la résolution. L’article 1230 du Code civil énonce que la résolution n’affecte ni les clauses relatives au règlement des différends, ni celles destinées à produire effet même en cas de résolution, telles les clauses de confidentialité et de non-concurrence. La fin du contrat ne fait donc pas tomber la clause attributive de compétence, la clause de confidentialité ou la clause de non-concurrence conçues pour lui survivre.
Le jeu de la clause reste soumis à la bonne foi. L’article 1104 du Code civil impose que les contrats soient exécutés de bonne foi, disposition d’ordre public. La clause résolutoire n’échappe pas à cette exigence : invoquée de mauvaise foi, elle peut être neutralisée. Le contrôle du juge ne porte pas sur la gravité du manquement, que les parties ont tranchée, mais sur la réalité de l’inexécution, la régularité de la mise en demeure et la loyauté du créancier. [À VÉRIFIER JURISTE : portée exacte de la jurisprudence paralysant la clause résolutoire invoquée de mauvaise foi.]
Des régimes spéciaux encadrent la clause dans certains contrats. En matière de bail commercial, la clause résolutoire obéit à un régime protecteur : le commandement de payer doit viser la clause et laisser courir un délai avant que la résolution soit acquise, et le juge peut accorder des délais suspendant ses effets. [À VÉRIFIER JURISTE : conditions et délai exacts de l’article L.145-41 du Code de commerce applicables à la clause résolutoire du bail commercial.] Ces régimes spéciaux priment sur le droit commun des articles 1224 et suivants.
Les erreurs fréquentes
Omettre de viser la clause dans la mise en demeure. C’est la faute la plus fréquente et la plus lourde. L’article 1225 du Code civil est formel : la mise en demeure ne produit effet que si elle mentionne expressément la clause résolutoire. Une relance qui réclame le paiement sans citer la clause ne déclenche rien, et il faut recommencer la procédure.
Rédiger une liste de manquements trop vague. Viser « toute inexécution du contrat » ou « tout manquement grave » réintroduit le débat que la clause était censée éviter. La force de l’outil tient à la précision des obligations désignées : paiement, délais de livraison, confidentialité, assurances. Ce qui n’est pas nommé se traitera par la résolution de droit commun.
Confondre résolution et responsabilité. Jouer la clause met fin au contrat, mais ne répare pas le préjudice. Sans réserve expresse des dommages et intérêts, la partie lésée peut se retrouver à avoir rompu le contrat sans avoir préservé son droit à réparation. La clause résolutoire et la clause pénale répondent à deux besoins distincts et se combinent.
Négliger le délai laissé pour remédier au manquement. Un délai absent ou dérisoire fragilise la résolution et prête le flanc au reproche de mauvaise foi. Un délai raisonnable, adapté à la nature du manquement, sécurise la procédure sans lui faire perdre son efficacité.
Oublier de fixer et de notifier la date de résolution. La date à laquelle le contrat prend fin commande les restitutions de l’article 1229 du Code civil et l’arrêt des obligations. La laisser dans le flou nourrit un second litige sur le moment exact de la rupture. Un écrit qui fixe cette date clôt le débat.
Traiter la clause comme un mode de sortie sans faute. La clause résolutoire sanctionne un manquement. Pour se libérer sans reprocher quoi que ce soit à l’autre partie, ce sont d’autres mécanismes qu’il faut, comme la résiliation pour convenance ou l’aménagement de la durée du contrat.
Négociation : ce que défend chaque partie
Ce que défend la partie qui veut pouvoir rompre vite. Un créancier soucieux d’être payé ou livré à l’heure recherche une liste large de manquements déclencheurs, un délai de remédiation court, et une résolution acquise sans autre formalité que la mise en demeure. Il veut disposer d’un levier rapide le jour où l’autre partie défaille, sans dépendre du calendrier d’un tribunal.
Ce que défend la partie qui redoute la rupture. Le débiteur potentiel, à l’inverse, cherche à circonscrire les manquements visés aux seules inexécutions vraiment essentielles, à obtenir un délai de régularisation confortable, et parfois à réserver les cas de manquement mineur ou involontaire. Il veut éviter qu’un retard ponctuel ou une contestation de bonne foi n’entraîne la perte du contrat.
Où se situe l’équilibre. Le plus souvent sur le périmètre de la liste et sur la durée du délai de remédiation. Un point de convergence utile consiste à réserver la clause aux manquements les plus graves et objectivement constatables, à prévoir un délai de régularisation proportionné, et à distinguer selon la nature du manquement, un impayé n’appelant pas le même traitement qu’une inexécution technique. La clause résolutoire côtoie alors les autres outils de fin de contrat : la résiliation pour faute pour les manquements non listés, la clause pénale pour chiffrer le préjudice, et la clause de durée pour organiser le terme normal du contrat. Chacune répond à un besoin propre : les articuler évite qu’un même risque soit traité deux fois, ou pas du tout.
Les contrats qui contiennent cette clause
Modèles prêts à l'emploi dans lesquels cette clause figure.
- Modèle de bail commercial 3-6-9 gratuit (Word)
- Modèle de bail dérogatoire (précaire) gratuit (Word)
- Modèle de bail professionnel gratuit (Word)
- Modèle de cession de fonds de commerce gratuit (Word)
- Convention de prêt inter-entreprises : modèle Word gratuit
- Modèle de location-gérance gratuit (Word) à télécharger
- Modèle de sous-location commerciale gratuit (Word)
Clauses voisines
Questions fréquentes
Quelle différence entre clause résolutoire et résiliation pour faute ?
La clause résolutoire produit ses effets de plein droit dès que ses conditions sont réunies, sans juge : la résolution est acquise après une mise en demeure infructueuse. La résolution pour inexécution suffisamment grave de l'article 1224 du Code civil suppose, elle, soit une notification motivée, soit une décision de justice qui apprécie la gravité du manquement. La clause résolutoire échange donc cette appréciation contre un automatisme convenu à l'avance sur des manquements identifiés.
Une mise en demeure est-elle obligatoire avant de jouer la clause ?
Oui par principe. L'article 1225 du Code civil subordonne la résolution à une mise en demeure infructueuse, sauf s'il a été convenu qu'elle résulterait du seul fait de l'inexécution. Surtout, cette mise en demeure ne produit effet que si elle mentionne expressément la clause résolutoire. Une mise en demeure qui réclame l'exécution sans viser la clause ne fait pas courir le délai et n'acquiert pas la résolution.
Le juge peut-il neutraliser une clause résolutoire ?
Son office est limité mais réel. Le juge ne réapprécie pas la gravité du manquement, qui a été fixée par les parties, mais il contrôle la réalité de l'inexécution, la régularité de la mise en demeure et la bonne foi du créancier au sens de l'article 1104 du Code civil. Une clause invoquée de mauvaise foi ou pour un manquement inexistant peut être privée d'effet. [À VÉRIFIER JURISTE : périmètre exact du contrôle judiciaire de la bonne foi dans le jeu de la clause résolutoire.]
Quelles clauses survivent à la résolution du contrat ?
L'article 1230 du Code civil précise que la résolution n'affecte ni les clauses relatives au règlement des différends, ni celles destinées à produire effet même après la fin du contrat, comme la confidentialité ou la non-concurrence. La résolution éteint les obligations principales et ouvre les restitutions de l'article 1229, mais laisse subsister ces stipulations conçues pour lui survivre.