Exemple de rédaction commenté
L’exemple ci-dessous propose une clause d’agrément, la configuration la plus courante en pratique. Chaque commentaire explique le rôle du paragraphe : adaptez la formule, gardez la logique.
Article X. Cession du Contrat
X.1. Aucune Partie ne peut céder le Contrat, ni sa position contractuelle en tout ou partie, sans l’accord préalable et écrit de l’autre Partie. Toute cession consentie en violation du présent article est inopposable à la Partie cédée et constitue un manquement au Contrat.
X.2. Par exception, chaque Partie peut céder le Contrat à une société qu’elle contrôle, qui la contrôle ou placée sous un contrôle commun au sens de l’article L. 233-3 du Code de commerce, sous réserve d’en informer l’autre Partie par écrit au moins trente (30) jours avant la date de prise d’effet et de justifier de la solvabilité du cessionnaire.
X.3. La cession est constatée par un écrit signé du cédant, du cessionnaire et de la Partie cédée. Le cessionnaire est substitué au cédant dans l’ensemble des droits et obligations nés du Contrat à compter de la date convenue.
X.4. Sauf renonciation expresse de la Partie cédée, le cédant demeure tenu solidairement avec le cessionnaire de l’exécution des obligations nées du Contrat. La Partie cédée conserve à son égard les exceptions qu’elle tenait de ses rapports avec le cédant.
X.5. Est assimilé à une cession, pour l’application du présent article, tout changement de contrôle direct ou indirect de la Partie concernée au sens de l’article L. 233-3 du Code de commerce.
Commentaire de X.1 : poser le principe de l’agrément. Le droit commun autorise la cession de contrat avec l’accord du cédé, accord qui peut être donné par avance (article 1216 du Code civil). La clause d’agrément transforme un accord au cas par cas en une exigence stable : rien ne se cède sans feu vert écrit. La sanction retenue, l’inopposabilité, est plus efficace qu’une simple pénalité : elle prive la cession d’effet à l’égard du cédé.
Commentaire de X.2 : ménager la vie des groupes. Une interdiction absolue gêne les réorganisations internes, fréquentes dans les ETI : apport partiel d’actifs, filialisation d’une activité, transmission à une holding. L’exception intragroupe préserve la souplesse tout en gardant deux garde-fous, l’information préalable et la solvabilité du cessionnaire. Sans référence précise à l’article L. 233-3 du Code de commerce, la notion de groupe reste floue et se prête aux contestations.
Commentaire de X.3 : l’écrit n’est pas une formalité. L’article 1216 du Code civil impose un écrit à peine de nullité pour l’acte de cession, le cédé devant par ailleurs avoir consenti. Le paragraphe rappelle aussi que les trois intervenants signent, le cédant, le cessionnaire et le cédé, gage de traçabilité de l’accord du cédé. La clause va plus loin en exigeant un écrit signé des trois intervenants, gage de traçabilité de l’accord du cédé.
Commentaire de X.4 : décider du sort du cédant. C’est le point le plus lourd de conséquences. À défaut de stipulation, l’article 1216-1 du Code civil laisse le cédant tenu solidairement, faute de libération expresse. La clause acte ce principe et le rend visible, plutôt que de laisser une partie le découvrir après coup. Le cédé qui accepte de libérer le cédant renonce à un débiteur : il ne le fait qu’en connaissance de cause.
Commentaire de X.5 : fermer la porte du changement de contrôle. Sans cette assimilation, une partie peut contourner l’interdiction : elle ne cède pas le contrat, elle cède les titres de la société qui en est partie. Le contrat ne bouge pas, mais celui qui le contrôle change. Assimiler ce cas à une cession est indispensable dans les relations conclues en considération de la personne.
Ce que dit le droit
La cession de contrat a un régime propre depuis 2016. Les articles 1216 à 1216-3 du Code civil, issus de l’ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016, l’ont consacrée comme opération autonome. L’article 1216 pose que le cédant transmet sa qualité de partie au contrat à un tiers, le cessionnaire, avec l’accord du cédé. Cet accord peut être donné par avance, ce qui est précisément l’objet d’une clause de cession.
L’écrit est exigé à peine de nullité. Le dernier alinéa de l’article 1216 du Code civil soumet la cession à un écrit, sans lequel elle est nulle. Cette exigence de forme porte sur l’acte de cession, non sur la clause qui l’anticipe. Une clause peut donc autoriser la cession par avance ; encore faut-il que la cession elle-même soit ensuite constatée par écrit.
La libération du cédant ne se présume pas. L’article 1216-1 du Code civil distingue deux situations. Si le cédé consent expressément à la libération, le cédant est déchargé pour l’avenir. À défaut, il reste tenu solidairement de l’exécution du contrat. Ce mécanisme est supplétif : les parties peuvent l’aménager, mais le silence joue en faveur du maintien de l’engagement du cédant.
Les exceptions et les sûretés obéissent à des règles précises. L’article 1216-2 du Code civil règle les exceptions opposables : le cessionnaire peut opposer au cédé les exceptions inhérentes à la dette, le cédé peut opposer au cessionnaire celles nées de ses rapports avec le cédant. L’article 1216-3 précise que, lorsque le cédant est libéré, les sûretés consenties par des tiers ne subsistent qu’avec leur accord ; à défaut de libération, elles subsistent. Un cautionnement consenti par un tiers, par exemple, ne suit le contrat cédé qu’avec l’accord de la caution lorsque le cédant est libéré.
Le régime supplétif appelle une clause. Rien n’oblige à insérer une clause de cession : à défaut, la cession reste possible avec l’accord du cédé donné au moment voulu. Mais ce silence prive le cocontractant de tout droit d’anticiper. Interdire, encadrer ou libéraliser la cession relève d’un choix qui se fait à la rédaction. Le lien entre la cession et le tribunal compétent mérite d’être vérifié : la portée d’une clause attributive de compétence à l’égard du cessionnaire dépend de sa transmission avec le contrat.
Les erreurs fréquentes
Confondre cession de contrat et cession de créance. Céder une créance (article 1321 du Code civil) transmet un droit à paiement, pas la position de partie. Une clause qui interdit la cession de créance ne fait pas obstacle à la cession du contrat, et inversement. Nommer précisément ce que l’on interdit évite une clause qui manque sa cible.
Oublier le changement de contrôle. Une interdiction de cession qui ne vise que la cession directe laisse ouverte la voie de la cession de titres. Le cocontractant d’un contrat conclu en considération de la personne se retrouve alors face à un actionnaire nouveau sans avoir eu son mot à dire.
Négliger le sort du cédant. Laisser jouer le régime supplétif de l’article 1216-1 du Code civil sans en avoir conscience réserve des surprises. Le cédant croit parfois avoir cédé et être sorti du contrat, alors qu’il reste garant solidaire faute de libération expresse du cédé.
Autoriser une cession sans exiger l’écrit tripartite. Une cession organisée hors de l’écrit exigé par l’article 1216 du Code civil encourt la nullité. La clause doit rappeler la forme, sous peine de valider en apparence une opération fragile.
Traiter la cession sans penser au règlement des litiges. La transmission au cessionnaire des clauses de règlement des différends n’a rien d’automatique dans l’esprit des parties. Préciser le sort de la clause de médiation préalable et de la clause compromissoire d’arbitrage évite qu’un cessionnaire échappe au mode de résolution convenu.
Négociation : position cédante contre position cédée
Ce que défend la partie susceptible de céder. Une clause libérale : cession libre, ou au moins cession intragroupe sans agrément, afin de ne pas figer ses réorganisations. Une libération automatique du cédant dès la cession, pour sortir proprement du contrat. Et un délai d’agrément bref, assorti d’un accord réputé acquis passé un certain temps, pour ne pas dépendre du bon vouloir du cédé.
Ce que défend la partie cédée. Un agrément préalable et discrétionnaire, sans obligation de motiver un refus. Le maintien de la solidarité du cédant, garant supplémentaire. L’assimilation du changement de contrôle à une cession. Et la justification de la solvabilité du cessionnaire, car un successeur fragile transforme un bon contrat en risque d’impayé.
Où se situe l’équilibre. L’exception intragroupe conditionnée est le terrain d’entente le plus fréquent : le cédant obtient sa souplesse pour les opérations internes, le cédé conserve l’information préalable, la garantie de solvabilité et le maintien de la solidarité. Sur la loi qui régira ces questions, une clause de droit applicable claire évite d’ajouter un débat sur le droit compétent à un débat déjà technique sur la cession.
Les contrats qui contiennent cette clause
Modèles prêts à l'emploi dans lesquels cette clause figure.
- Modèle d'avenant à un contrat gratuit (Word)
- Modèle de bail commercial 3-6-9 gratuit (Word)
- Modèle de bail dérogatoire (précaire) gratuit (Word)
- Modèle de bail professionnel gratuit (Word)
- Modèle de cession de créances professionnelles gratuit (Word)
- Modèle de cession de fonds de commerce gratuit (Word)
- Modèle de convention de compte courant d'associé Word gratuit
- Modèle de NDA unilatéral gratuit à télécharger (Word)
- Modèle de NDA mutuel gratuit à télécharger au format Word
Clauses voisines
Questions fréquentes
Une clause de cession de contrat doit-elle être écrite ?
Oui. L'article 1216 du Code civil impose que la cession de contrat soit constatée par écrit, à peine de nullité. La clause qui organise la cession n'est pas soumise à cette forme, mais l'acte de cession qui la met en œuvre l'est. Un accord seulement verbal expose la cession à l'annulation, même si le cédé y avait consenti.
Le cédant reste-t-il tenu après avoir cédé le contrat ?
Par principe, oui. Selon l'article 1216-1 du Code civil, le cédant n'est libéré pour l'avenir que si le cédé y consent expressément. À défaut de libération expresse, il reste tenu solidairement avec le cessionnaire de l'exécution du contrat. Une clause prudente traite ce point de front plutôt que de le laisser au régime supplétif.
Peut-on interdire toute cession du contrat ?
Oui, une clause d'incessibilité est valable et fréquente dans les contrats conclus en considération de la personne. Elle interdit au cocontractant de céder sa position sans accord préalable. Sa portée doit être précisée : vise-t-elle aussi la cession indirecte résultant d'un changement de contrôle de la société cocontractante, qui échappe sinon à l'interdiction ?
La clause d'arbitrage est-elle transmise au cessionnaire ?
En principe oui. La jurisprudence retient que la clause compromissoire suit le contrat et se transmet au cessionnaire avec la position contractuelle cédée. [À VÉRIFIER JURISTE : l'état exact de la jurisprudence sur la transmission de la clause compromissoire et de la clause attributive de compétence au cessionnaire, avec références.]