Exemple de rédaction commenté
L’exemple ci-dessous est un point de départ à adapter à votre situation. Chaque commentaire explique le rôle du paragraphe, qui compte davantage que la formule employée.
Article X. Attribution de compétence
X.1. Tout litige ou différend né du présent Contrat ou en relation avec celui-ci, notamment quant à sa formation, sa validité, son interprétation, son exécution ou sa cessation, sera de la compétence exclusive du Tribunal de commerce de Paris.
X.2. Les Parties reconnaissent avoir contracté en qualité de commerçant et déclarent que la présente attribution de compétence, spécifiée de façon très apparente, a été acceptée en pleine connaissance de cause.
X.3. Cette attribution de compétence s’applique y compris en cas de pluralité de défendeurs, d’appel en garantie, de demande incidente ou de procédure d’urgence, sous réserve des règles impératives de compétence auxquelles il ne peut être dérogé.
X.4. La présente clause détermine la juridiction compétente ; le droit applicable au fond est fixé par la clause [Droit applicable] du Contrat.
Commentaire de X.1 : la compétence exclusive et le périmètre du renvoi verrouillent la clause. Le mot « exclusive » écarte la faculté, pour votre adversaire, de saisir un autre tribunal normalement compétent. Comme pour le droit applicable, énumérer la formation, la validité, l’interprétation, l’exécution et la cessation ferme les interstices : un litige sur une rupture fautive ou sur la validité du contrat relève alors du même tribunal, et non d’un for différent déterminé au cas par cas.
Commentaire de X.2 : rappeler la qualité de commerçant et la visibilité de la clause préconstitue la preuve. L’article 48 du Code de procédure civile subordonne la validité de la clause à la qualité de commerçant de toutes les parties et à une stipulation « très apparente ». Mentionner ces deux éléments dans le corps de la clause ne les crée pas à lui seul, mais il prive l’adversaire d’un argument facile et documente que la condition de visibilité a été prise au sérieux.
Commentaire de X.3 : anticiper la pluralité de défendeurs évite un contournement classique. Sans précision, un plaideur peut attraire plusieurs défendeurs devant le tribunal du domicile de l’un d’eux, et ainsi échapper à la clause. En visant expressément la pluralité de défendeurs, l’appel en garantie et les demandes incidentes, la rédaction referme cette voie de contournement, dans la limite des règles impératives que la clause ne peut écarter.
Commentaire de X.4 : ne jamais confondre juridiction compétente et droit applicable. Ces deux questions se règlent dans deux clauses distinctes. Le renvoi explicite à la clause de droit applicable évite que le lecteur ne croie la question du droit tranchée ici, et rappelle que les deux stipulations se lisent ensemble.
Ce que dit le droit
En droit interne, la validité de la clause est l’exception, pas le principe. L’article 48 du Code de procédure civile répute non écrite toute clause qui déroge directement ou indirectement aux règles de compétence territoriale, sauf lorsque deux conditions sont réunies : elle a été convenue entre des personnes ayant toutes contracté en qualité de commerçant, et elle est spécifiée de façon très apparente dans l’engagement de la partie à laquelle elle est opposée. Hors de ce cadre, la clause est privée d’effet.
La condition de visibilité est appréciée concrètement. Une clause noyée au milieu de conditions générales, en petits caractères et sans mise en évidence, risque d’être écartée faute de caractère « très apparent ». La pratique consiste à isoler la clause, à la titrer clairement et à la faire ressortir typographiquement. [À VÉRIFIER JURISTE : le degré exact de mise en évidence exigé par la jurisprudence récente pour satisfaire la condition « très apparente » de l’article 48 du Code de procédure civile.]
En matière internationale, un autre régime, plus libéral, s’applique. Le règlement (UE) n° 1215/2012 du 12 décembre 2012, dit Bruxelles I bis, régit la compétence judiciaire au sein de l’Union européenne. Son article 25 admet largement les conventions attributives de juridiction entre parties, quelle que soit leur qualité, sous réserve de conditions de forme précises. Ce régime international ne se confond pas avec l’article 48 du Code de procédure civile : une clause inefficace en droit interne peut être valable dans un contrat intra-européen, et réciproquement.
Certaines matières échappent à la liberté des parties. Les compétences exclusives, par exemple en matière de droits réels immobiliers, ne peuvent être écartées par une clause, tant en droit interne qu’au titre de l’article 24 du règlement Bruxelles I bis. De même, les contrats de consommation et de travail bénéficient de règles protectrices qui neutralisent en grande partie les clauses attributives défavorables à la partie faible. Une clause standard reprise sans discernement dans ces contextes est largement inopérante.
La clause de compétence ne remplace ni le droit applicable, ni l’arbitrage. Elle répond à une question différente de celle réglée par la clause de droit applicable, et elle s’oppose frontalement à la clause compromissoire d’arbitrage, qui retire au contraire le litige aux juridictions étatiques. On ne peut, pour un même litige, être à la fois lié par une clause d’arbitrage et par une attribution de compétence à un tribunal ; il faut choisir l’une ou l’autre voie.
Le régime est supplétif quant au choix du for, impératif quant à ses conditions. Aucun texte n’oblige à insérer une clause attributive de compétence. En revanche, dès lors que vous en insérez une en droit interne, les conditions de l’article 48 du Code de procédure civile s’imposent : elles ne se négocient pas et conditionnent la validité même de la stipulation.
Les erreurs fréquentes
Insérer la clause dans un contrat conclu avec un non-commerçant. Une PME qui reprend, dans ses conditions générales destinées à des particuliers, une clause attribuant compétence au tribunal de son siège se croit protégée. La clause est réputée non écrite, et le consommateur peut saisir le tribunal de son propre domicile. La qualité de commerçant de toutes les parties est une condition non négociable en droit interne.
Confondre la compétence et le droit applicable. C’est l’erreur symétrique de celle qui frappe la clause de droit applicable. Désigner le tribunal compétent ne dit rien du droit qu’il appliquera, et inversement. Les deux clauses sont complémentaires : régler l’une en croyant avoir réglé l’autre laisse subsister une incertitude entière.
Négliger la visibilité de la clause. Une clause parfaitement rédigée mais dissimulée dans un bloc de conditions générales illisibles s’expose à être écartée faute de caractère « très apparent ». La forme n’est pas un détail : elle conditionne ici la validité.
Oublier la pluralité de défendeurs et les incidents de procédure. Une clause qui vise seulement « les litiges relatifs au contrat » peut être contournée par un demandeur qui attrait plusieurs défendeurs ou déclenche un appel en garantie devant un autre tribunal. La rédaction gagne à anticiper ces situations pour préserver l’effet recherché.
Cumuler par inadvertance une clause d’arbitrage et une attribution de compétence. Certains contrats, souvent par assemblage de modèles hétérogènes, contiennent à la fois une clause compromissoire et une clause attributive de compétence. Cette contradiction ouvre un débat sur laquelle prime et ruine la prévisibilité que les deux clauses cherchaient à établir.
Négociation : ce que défend chaque partie
Ce que défend la partie en position de force. Elle cherche à imposer le tribunal de son propre siège, celui dont l’accès lui coûte le moins et où ses conseils plaident habituellement. Elle privilégie une compétence exclusive, un renvoi large couvrant formation, validité, exécution et rupture, et une clause visible destinée à résister à l’article 48 du Code de procédure civile.
Ce que défend l’autre partie. Elle supporte, si elle accepte le for de son cocontractant, un coût de déplacement et un désavantage d’accès à la justice. Elle peut demander un for neutre, la compétence du tribunal du défendeur, ou négocier une compensation ailleurs dans le contrat. Elle vérifie surtout que la matière n’est pas de celles où la clause serait de toute façon inopérante.
Où se situe l’équilibre. Le point de convergence le plus fréquent consiste à retenir la compétence du tribunal du défendeur, qui responsabilise le demandeur, ou à choisir une juridiction tierce acceptable pour les deux. La cohérence du couple compétence et droit applicable importe davantage que la victoire sur un seul de ces points. Enfin, lorsque le contrat prévoit une étape amiable, l’articulation avec une clause de médiation préalable doit être vérifiée, de même que le sort d’une éventuelle clause pénale, dont l’exécution relèvera du tribunal désigné.
Les contrats qui contiennent cette clause
Modèles prêts à l'emploi dans lesquels cette clause figure.
- Modèle de CGV agence digitale gratuit (Word) à télécharger
- Modèle de CGV e-commerce gratuit (Word) à télécharger
- Modèle de CGV marketplace gratuit à télécharger (Word)
- Modèle de bail commercial 3-6-9 gratuit (Word)
- Modèle de bail dérogatoire (précaire) gratuit (Word)
- Modèle de bail professionnel gratuit (Word)
- Modèle de bon de commande gratuit (Word) à remplir
- Modèle de BSA-AIR gratuit à télécharger (Word)
- Modèle de cession d'actions SAS gratuit (Word)
- Modèle de cession de créances professionnelles gratuit (Word)
Clauses voisines
Questions fréquentes
Une clause attributive de compétence est-elle valable entre une entreprise et un consommateur ?
Non. L'article 48 du Code de procédure civile réserve la validité de ces clauses aux personnes ayant toutes contracté en qualité de commerçant. Dans un contrat conclu avec un consommateur, la clause est réputée non écrite, et le consommateur conserve le droit de saisir le tribunal de son domicile. Une clause de ce type insérée dans des conditions générales destinées au grand public est donc inefficace.
Quelle différence entre la clause attributive de compétence et la clause de droit applicable ?
Ce sont deux questions distinctes. La clause attributive de compétence désigne le tribunal qui tranchera le litige ; la clause de droit applicable désigne les règles selon lesquelles le contrat sera interprété. Un tribunal français peut être compétent tout en appliquant un droit étranger, et l'inverse est vrai. Les deux stipulations sont complémentaires et doivent figurer côte à côte dans le contrat.
Comment rédiger une clause attributive de compétence entre commerçants pour qu'elle soit valable ?
L'article 48 du Code de procédure civile impose deux conditions cumulatives : que toutes les parties aient contracté en qualité de commerçant, et que la clause soit spécifiée de façon très apparente dans l'engagement de la partie à laquelle elle est opposée. En pratique, la clause doit ressortir visuellement, par exemple en caractères gras, et ne pas être noyée dans des conditions générales illisibles.